ITW de We Ce Ca

Comment devient-on en si peu de temps un musicien-chorégraphe ?
La graine était là. En tribu, beaucoup d'entre nous sont à la fois auteur, chanteur, musicien et chorégraphe. Ces talents sont presque naturels.

Justement, pourquoi as-tu décidé du jour au lendemain de quitter ta terre et tes traditions ?
J'ai très nettement ressenti que je serai plus utile ailleurs. Que c'était mon devoir de faire connaître et reconnaître ce que nous savons faire. Je ne dirais pas que cela a été un choix facile, mais je l'ai fait sans hésiter. Sans perdre pour autant mes repères.
J'ai toujours gardé et je garderai toujours un pied dans la tradition. C'est l'énergie qui rend tout cela possible.

Comment la troupe a t elle été perçue à ses débuts ?
Lorsque les danseurs de We Ce Ca ont commencé à se produire, corps et visages couverts de peinture, comme nos ancêtres, la plupart des kanaks ont eu honte. Honte de notre look. Surtout ceux qui ont toujours vécu à la ville. Ils ne se reconnaissaient pas du tout dans ce que nous faisions.
Et puis leur regard a évolué, en particulier lorsque nous avons commencé à être reconnu comme des ambassadeurs de la culture kanak. La plupart sont désormais fiers de nous savoir en train de véhiculer la culture du Pacifique.

De quelle manière as-tu convaincu de jeunes kanak de te suivre dans cette aventure ?
En tribu, on danse et on chante d'abord pour soi. En tous cas pour le grand chef, le clan ou les vieux. L'important est le «pourquoi tu danses ». Et ce pourquoi est lié à la tradition, la coutume. Même si We Ce Ca est devenu une sorte de label, un produit commercial, nous avons cultivé cet esprit qui consiste à garder un pied dans la tradition. J'ai appris aux jeunes à ressentir la présence de nos vieux, à palper cette énergie qui nous vient d'eux. Au début, ils se sont demandés qui était ce martien qui leur conseillait d'être à l'écoute des esprits. Par la suite, eux aussi ont ressenti ces ondes. Nous partageons mêmes des expériences très fortes en la matière. Je peux dire sans exagérer que nous vivons notre spiritualité au travers de l'art.

J'ai cru comprendre que la cadence n'était pas de tout repos...
Et comment ! Nous honorons en moyenne cinq à six spectacles par jour ; seulement deux ou trois en basse saison. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi d'enregistrer un nouveau disque (Voyage sur les iles). Sans compter les déplacements sur la Grande Terre et les voyages à l'extérieur. Nous allons en Août à Lifou pour la fête du grand chef Zéoula et sommes attendus en Septembre à la Rochelle, au Grand Pavois.
Cette cadence a causé et cause encore des soucis à nombre d'entre nous. J'ai moi-même eu des problèmes familiaux en 1999, date à laquelle j'ai dû faire un choix douloureux pour me tourner radicalement vers ma vie artistique.

Cela ressemble à de l'acharnement...
Disons de la passion. On dit parfois de moi qu'il fallait un kanak assez fou pour faire ce boulot. Je pense que nous faisons partie d'une génération charnière, qui a pour mission de vivre pleinement le présent et l'avenir sans oublier nos racines. Il faut bien commencer par ne pas l'oublier.

Et ce nouvel album ?
Mon souhait était de fédérer les cultures et les peuples du Pacifique. Cette fraternité entre les communautés me tient à cœur.
Dans un syndicat, ou dans un parti politique, on trouve bien des gens de diverses communautés, de toutes les couleurs. En chantant toutes les langues du Pacifique, nous ne faisons que réécrire l'histoire, suivre les empreintes de nos vieux. Parmi nous, il y a des descendants de Tongiens, de Samoans...
Je suis de ceux qui pensent que le partage doit aller bien au-delà (du Pacifique). Mais ne dit-on pas qu'il est nécessaire de se retrouver soi-même avant de partager le meilleur avec les autres...

Des projets ?
Nous en avons sans arrêt. We Ce Ca est une sorte de « laboratoire culturel ». Mon rêve du moment serait de créer une école de danse kanak. We Ce Ca souhaite aussi enregistrer d'autres albums.

Propos recueillis par Carole de Kermoyzan. Juillet 02

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